Gifi : de chef de rayon à grand patron… qui est Christophe Mistou, le nouvel homme fort de l’entreprise ?

Publié le 24/08/2025 Guillaume Béars journaliste la dépeche

Dans quelques jours, Christophe Mistou prendra le gouvernail de l’entreprise basée à Villeneuve-sur-Lot, en crise depuis plusieurs mois et qui doit toujours appliquer un Plan de sauvegarde de l’emploi. Venu de Mr. Bricolage, le patron de 58 ans peut se targuer d’un parcours professionnel hors norme.

Gifi mise tout sur Mistou. Voilà près d’un an que l’entreprise fondée il y a quatre décennies par Philippe Ginestet à Villeneuve-sur-Lot traverse les zones de turbulences. Signature d’un accord avec les créanciers, mise à l’écart du fondateur des commandes opérationnelles – même si, avec l’entité GPG, il reste actionnaire principal de Gifi et président du conseil de surveillance –, puis nomination d’un premier successeur, Philippe Brochard, pour redresser la barre. Une nouvelle stratégie et la volonté de réduire les coûts, notamment au niveau du personnel du siège des bords du Lot.

​C’est ainsi qu’un Plan de sauvegarde de l’emploi a été proposé, en avril, avec la suppression de près de 200 personnes à Villeneuve. Une restructuration qui a fini en eau de boudin au beau milieu de l’été. Ce sera donc au successeur de Philippe Brochard, Christophe Mistou, de prendre les choses en main. Le nouveau président du directoire de Gifi doit prendre ses fonctions au 1er septembre. Et des situations complexes, il en a connu ces dernières années. Mieux encore, il les a surmontées.

De chef de rayon chez Castorama à membre comité de direction

Le début de sa carrière commence après des études à l’université de Toulouse. Il rejoint Castorama, la célèbre enseigne de bricolage en 1992. Il occupe alors le poste de… responsable de rayon. Bien loin des fastes bureaux du siège, il commence en bas de l’échelle. Une expérience de terrain qui va lui servir pour gravir les échelons. Il occupe successivement les postes de directeur de magasin et directeur de produit. Quinze ans après être entré dans l’entreprise, il franchit une grande étape : en 2008, il intègre le comité de direction de Castorama France comme directeur commercial. Il y crée notamment une entité de « Recherche et Développement », chargée de concevoir de nouvelles applications technologiques, produits et concepts de magasins. Des réussites qui l’emmèneront encore plus haut.

Une maîtrise des achats à grande échelle au sein de la maison mère

Il quitte Castorama en 2012… sans trop le quitter non plus. En effet, il rejoint alors la maison mère Kingfisher. Une entreprise internationale de bricolage, basée en Anglettre, qui opère dans huit pays à travers l’Europe sous des enseignes de vente au détail telles que B & Q, Castorama, Brico Dépôt, Screwfix, TradePoint et Koçtaş. Christophe Mistou y entre d’abord comme directeur développement marques et produits, puis directeur du sourcing et des marques propres à partir de 2013. Des fonctions qui lui offrent une solide maîtrise des achats à grande échelle, de la globalisation des approvisionnements et des enjeux stratégiques associés à un groupe de distribution coté. Une description qui n’est pas sans rappeler le géant du bazar villeneuvois…

Pas bricoleur du tout »… mais prêt à relever des défis

Mars 2016. Après des années dans les hautes sphères du groupe Kingfisher, le quinquagénaire est nommé directeur général du groupe Mr. Bricolage. À peine une semaine après avoir pris les rênes de l’enseigne, il est déjà présent au congrès du groupe à Orléans. Il confiait alors qu’il n’était « pas bricoleur du tout », mais qu’il voulait « sortir de [sa] zone de confort, reprendre un peu de risques, découvrir un nouvel environnement et [se] stimuler à nouveau ». Il faut dire que la santé de l’enseigne de bricolage n’est pas au mieux. Sous son autorité, deux plans stratégiques majeurs – Rebond puis 1Pacte – ont permis de relancer, transformer et redresser l’entreprise.

La dette de Mr. Bricolage réduite de 140 à… 2,7 millions d’euros

Une stratégie basée sur la proximité, l’authenticité et la solidarité, notamment en valorisant l’identité des magasins de proximité comme de véritables lieux de vie. Désormais, et à l’heure du départ de Christophe Mistou, l’enseigne a retrouvé son rang de spécialiste du commerce indépendant en bricolage de proximité en France, avec plus de 1 090 magasins sous enseigne ou affiliés, dont plus de 75 à l’international. Surtout, sous l’ère Mistou, Mr. Bricolage a vu son endettement fondre. À son arrivée, la dette culminait à 140 millions d’euros. « Il n’y avait plus d’argent » analysait simplement le directeur général. En 2025, moins de 10 ans après, elle n’est plus que de 2,7 millions !

Un CV qui semble coller au profil recherché pour redresser la barre du Gifi. Les premiers chantiers entrepris ces derniers mois, sous la houlette de Philippe Brocchard, ont commencé à porter leurs fruits selon. Mais les défis à venir sont de taille, sur un marché de l’équipement de la maison des plus tendus.

Premier chantier, le plan social

« La CFDT et la direction générale de GIFI SAS, après concertation, ont décidé d’un commun accord de ne pas poursuivre la mise en œuvre du PSE en cours de négociation, qui prévoyait la suppression, à date, de 166 postes sur l’UES Centrale ». C’était le 23 juillet dernier. Le Plan de sauvegarde de l’emploi, dévoilé en avril, devait initialement concerner la suppression de plus de 300 postes – dont 186 au siège villeneuvois – et la fermeture de 11 magasins, n’a donc pas abouti à quelques jours d’être légalement entériné par les syndicats de l’entreprise et la direction. La mouture du PSE « ne permettait pas d’opérer le retournement stratégique nécessaire pour l’entreprise » assumait l’ancienne direction. « Cette décision commune permettra à Christophe Mistou, lors de sa prise de fonction en tant que président du directoire, d’analyser la situation et de construire une organisation cible fidèle à sa vision. S’il s’avère que des ajustements s’imposent, des négociations s’ouvriront, à l’aune du nouveau dialogue social instauré. » Pour les syndicats, en premier lieu la CFDT, majoritaire, le refus de signer le plan social s’argumentait par « trop de flou et d’imprécisions dans la rédaction de ce plan au sujet de l’avenir immédiat des salariés. Ce que nous demandons à la direction, c’est de revoir sa copie et de nous présenter un plan avec des termes bien définis, de manière claire et sans interprétation possible ».

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